Former les managers de demain à la gouvernance de l’information

[Cet article rédigé par Isabelle Wattiau provient d’Océan Bleu 2020, que vous pouvez retrouver sur la page des téléchargements.]


On s’interroge beaucoup sur la montée en maturité des entreprises en matière de gouvernance de l’information. On regrette qu’elle ne soit pas prise en compte à un niveau plus stratégique dans les plus hautes sphères de l’organisation. On se satisfait de certains progrès. On saisit des opportunités comme le RGPD pour faire passer les idées, sensibiliser aux enjeux et gagner du terrain. Le rapport 2017 de l’Information Governance Initiative mentionnait la nécessité de former comme un moyen de lever les barrières. Il pointait aussi le manque de leadership en gouvernance de l’information.

 

Il me semble qu’un axe trop peu exploré est celui de la formation initiale. Un des objectifs présidant à la création de la chaire ESSEC Stratégie et Gouvernance de l’Information est justement de se donner les moyens de mettre ce sujet dans la formation des managers de demain. L’ESSEC ne forme pas tous ces managers, mais elle en forme plus de mille chaque année et cela peut faire tache d’huile.

 

Pourquoi la gouvernance de l’information doit-elle être enseignée à tous les managers ?

La gouvernance de l’information est fondée sur un principe fondamental : considérer l’information comme un actif à gérer au même titre que le patrimoine immobilier ou encore les ressources humaines. Dès lors, la formation d’un manager doit intégrer les compétences lui permettant d’appréhender ce qu’est l’information et ce qu’il faut mettre en œuvre pour la gérer comme un actif stratégique.

On considère généralement que l’entreprise s’appuie sur quatre types de ressources : les ressources physiques, les ressources humaines, les ressources financières et les ressources intellectuelles. Parmi ces dernières, l’information n’est souvent pas listée. On y trouve plutôt les marques, brevets, droits d’auteur, etc. En effet, l’information n’a pas une valeur en soi, mais elle peut en générer si on est capable de la gérer et de l’exploiter.  Les piliers de l’enseignement dans les formations au management sont : la stratégie, la finance, le marketing, la comptabilité et les ressources humaines. Parfois, on y ajoute la logistique et les systèmes d’information. On peut ensuite affiner par exemple en introduisant l’innovation ou le contrôle de gestion, mais d’aucuns diront qu’ils relèvent respectivement de la stratégie et de la comptabilité. Même si les systèmes d’information figurent dans la plupart des formations, ils sont rarement un pilier. Ils sont parfois vus comme des outils au service du management avec les statistiques et le droit. Ou alors ils sont abordés comme un élément de la stratégie, mais pas le plus important.

 

Quelles sont les formations universitaires dédiées à la gouvernance de l’information ?

Une recherche rapide des formations francophones dédiées à la gouvernance de l’information conduit principalement à des stages ou modules de formation continue largement orientés vers la population des documentalistes. Elles ne couvrent alors que partiellement le continuum de la donnée structurée à l’information. Dans le monde anglo-saxon, on y trouve plutôt une approche très juridique des mêmes sujets. De même, les formations universitaires sont orientées des cursus dans les facultés de droit. A notre connaissance, il n’existe aucune formation universitaire, ni en France ni à l’étranger, qui intègre l’ensemble des dimensions de la gouvernance de l’information, c’est-à-dire les aspects stratégiques, tactiques et opérationnels d’une part et qui, d’autre part, englobe la donnée ou information très structurée, le document ou donnée semi-structurée, mais aussi l’information sous toutes ses formes, notamment les courriers électroniques. On peut en déduire qu’il n’y a pas de formation de managers qui deviendraient les personnes en charge de la gouvernance de l’information dans l’entreprise.

 

Quelles sont les compétences à développer ?

Toutes les formations, qu’elles soient académiques ou professionnelles, doivent être décrites en termes de compétences à acquérir. C’est une démarche utile pour construire des programmes de formation, en prise avec la réalité des métiers qu’elles visent. Le référentiel européen des e-compétences mentionne, par exemple, la compétence Gestion de l’information et de la connaissance, la compétence Développement d’une stratégie de sécurité de l’information, la compétence Développement d’une stratégie pour la qualité informatique, ou encore la compétence Gouvernance du système d’information. Un référentiel de compétences pour le manager en charge de la gouvernance de l’information devrait puiser dans ce référentiel de compétences numériques, mais aussi intégrer des compétences juridiques et bien sûr des compétences transverses (communication, conduite de réunion, management de projet, etc.). Au-delà de la formation des managers, on peut imaginer aussi former des opérationnels à une transition vers les niveaux stratégiques. Toutefois, l’acquisition de cette réflexion sur la gouvernance peut être facilitée par un ancrage dans une réalité opérationnelle conjuguée avec une expérience terrain.

 

 

Isabelle WattiauProfesseur titulaire de la chaire ESSEC Stratégie et gouvernance de l’information

 

 

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